Wally –Le projet Derli – 2017 (© Droits Réservés)

Wally – Le projet Derli, 2017 (© droits réservés)

Décembre 2017 – Concert de Wally

Création du Projet Derli – Les chansons d’humeur accompagnées de Wally

Avec
Wally / Lilian Derruau (guitare, voix), Marie Tournemouly (violoncelle), Pierre Tibo (percussions), Franck Duhamel (contrebasse), Thomas Mazelier (violon), Nicolas Lescombe (clarinettes, accordéon, direction)


Le Bijou (Toulouse)

Ne pas chercher midi à quatorze heures ou des poils sur les œufs – expressions dont l’humoriste et jongleur de mots, ce Wally que nous connaissons bien, ferait ses choux gras. Ce nom de Derli, c’est simplement deux syllabes empruntées à son nom et à son prénom.  Simple mais tellement riche de sens.

Wally n’a pas arrêté de nous avertir, de nous préparer à ce nouveau projet, un peu comme s’il s’inquiétait de la réaction de son public, amateur de ses « chansons courtes », de sa bonne humeur, de son goût des bons mots. Comme si le public à l’écoute des ses nouvelles chansons, des chansons teintées d’une profondeur nouvelle, mais surtout tellement personnelles parfois, allait se lever  et quitter la salle. Il a dû en faire des cauchemars à voir son insistance à nous mettre en condition.

Ce soir, c’est la première dans cette salle du Bijou, où, rappelle-t- il, il est venu en solo tout jeune en 1993. Il y a vingt quatre ans. Nous l’avons vu aussi y fêter sa cinquantaine avec des invités. Ce lieu, ce Bijou, c’est un peu chez soi pour certains artistes. Et même si la scène est bien petite pour accueillir le sextet et sa quantité d’instruments, on s’y serre un peu et le tour est joué. Le public enthousiaste  répond présent. Il ovationne Wally dès la première chanson.

Qu’avait-il donc à craindre Lilian Derruau, ce Wally nouvelle formule qui soudain nous offre une part intime de lui, de ses émotions, de ses réflexions. Qu’avait-il donc à craindre ? Sans doute se sentait-il impudique sans son nez de clown. A nu, à découvert sans son masque.  Même si souvent l’humoriste pointe son nez  – son  nez de clown s’entend  – entre les chansons et même dans les textes. Il ne se départira jamais de son sourire, de ses yeux malicieux, de son accent de l’Aveyron, de sa bonhommie.

Ce qui nous est apparu clairement c’est sa joie, sa fierté, lui, le musicien autodidacte, d’être si bien accompagné. Quelle formation en effet, autour de l’arrangeur-clarinettiste-accordéoniste Nicolas Lescombe ! Un régal ces atmosphères ainsi créées, ces longues plages instrumentales où le chanteur s’assoit simplement en avant scène pour écouter, admirer, partager. On aurait souvent souhaité d’ailleurs que le son soit plus modéré, plus nuancé pour que nous puissions en savourer toutes les nuances, les  couleurs, celles des cordes, violoncelle, violon, celles des clarinettes, de l’accordéon… Tout comme les lumières qui, avec justesse, peignaient aussi cette histoire d’homme qui nous était contée.

Une histoire d’être humain qui soudain, dans sa longue route, se retourne, jette un œil dans le rétroviseur. « La  fuite du temps, tu la répares pas à la clef de douze » glisse Wally entre deux chansons de Derli… Il plonge dans ses souvenirs d’enfant, d’adolescent. Il semble même qu’il n’en soit pas vraiment revenu de ce temps là. Cet humour qu’il porte en bandoulière c’est peut-être encore sa façon à lui de « sauver sa peau, tout simplement ».  C’est son histoire, c’est la nôtre aussi car les chansons parlent beaucoup de ce monde qui s’est quelque peu emballé autour de nous, particulièrement de ces petits coins de France oubliés. Le regard posé sur les êtres et les choses est tendre, amusé, inquiet face à l’avenir qui « a quand même une drôle de gueule »… Parfois sans concession, révolté,  quand il s’agit de chanter le souvenir du jeune militant Rémi Fraisse, « mort deux fois ». Pour son combat contre le barrage de Sivens, puis pour le non –lieu prononcé au procès : « ça me dépasse, ça ne passe pas ».

Soyez sûrs qu’en allant écouter ce Projet Derli, vous rencontrerez un copain, un frère en humanité, qui écrit ses chansons à la plume trempée à l’encre d’émotions, de sensations, simples et  vraies ; celles d’un homme qui nous rappelle qu’« il faut se lâcher avant que ça lâche, qu’il faut s’éclater avant d’éclater. »