Olivier Eyt,  Un pas deux pas 2021 (©Julie Gasnier)

Olivier Eyt – Un pas deux pas, 2021 (© Julie Gasnier)

 

2 avril 2021 – 2e album d’Olivier Eyt, sorti le 28 mai 2021

 Un pas, deux pas

Avec

Olivier Eyt (textes et musiques – piano, chant) / Bastien Lucas (arrangements, direction et réalisation – claviers, piano, guitares, chœurs) / Thibaud Defever  (guitares) / François Puyalto  (basse, contrebasse) / Michel Schick (clarinette) / Frédéric Chapperon (batterie) / Lizzie & Lily Luca (chœurs) 
Quatuor à cordes : Anne Magaud & Magdalena Korolczuk (violon) Etienne Tabourier (alto) Catherine Courjal  (violoncelle)


Ce deuxième album d’Olivier Eyt est à n’en pas douter le projet d’un homme déterminé comme nous le dit le titre et sa chanson éponyme : Un pas, deux pas. Être dans la vie, confronté à l’obscur, au « marché de rêve, marché de dupes » ? Tant pis, « marcher jusqu’à sentir que ça lâche » même si l’on sent, bien des fois, que l’on est trop petit… Plus jamais seul, plus jamais tout nu, comme le disait le titre du précédent album. Alors, vous l’aurez deviné, on ne peut résister à ces chansons là qui vous parlent peu ou prou de nous et l’on se prend à marcher au pas de son cœur.

Car, vous le découvrirez avec délectation, musicalement, Olivier Eyt a tout misé sur la troupe, l’équipe, la bande… Une bonne quinzaine autour de lui, autour de Bastien Lucas qui signe les arrangements, la réalisation…Un vrai chef de troupe, chef de chœur, chef d’orchestre ce Bastien là. Du grand art ! Un quatuor à cordes, une clarinette qui chacun, chacune à leur tour viennent souligner les émotions, en amplifier le lyrisme, la batterie de Frédéric Chapperon et ses obsédantes rythmiques parfois, les claviers, le piano, bien sûr, son instrument, mais aussi les savoureuses guitares de Thibaud Defever, la basse de François Puyalto – on se souviendra de ses deux notes finales, comme un glas, dans le titre Vieux où elle excelle.

Olivier Eyt ne se livre à aucune fanfaronnade. Le verbe est à cru, il ne fait aucune concession aux petites morts, aux dérobades, aux lâchetés d’une vie. Avant tout, il a fallu, avoue-t’il, démolir les démons, leur faire face, « des tueurs en série de frissons … Il leur fallait toujours beaucoup à boire / J’aurais pu ouvrir un bar… » Et surtout ils ne sont jamais bien loin, prêts à revenir « déguisés en princesse… Avec leur gueule d’amour »… Vigilance, donc !

On se laisse emporter par cette histoire d’homme simple qui nous prend par le cœur. On s’avoue bouleversé à plusieurs reprises par la justesse des images, par les situations traversées. Comment ne pas avoir envie de prendre dans nos bras les enfants, Elie, Marcel, Bilal et puis Karim quand ils nous parlent de leur père, chacun leur tour ? Comment ne pas répondre, en son for intérieur, à cette question : « Et toi avec ton papa ? »

Comment ne pas suivre Olivier Eyt quand il s’en prend à la vieillesse – autre démon, il va sans dire – quand il la regarde en face, porté par les voix des choristes qui lui scandent « T’es vieux » ? Cruel constat : « T’as plus qu’à te garer sur le bas côté / Et regarder passer la jeunesse qui rit / qui rit pas. »

Il évoque souvent le difficile cheminement amoureux « j’ai bu cent fois / la tasse au bout de ton bras… J’ai gonflé des ballons plein de soleil… » (Un pas, deux pas) ou bien « Je veux marcher/ dans tes rivières pour y pêcher le sel / Autour des lacs… » (Marcher). Il avoue ce « très grand malheur », l’instant où les loups prennent le dessus, où l’on n’a plus de cœur, où « [la] voix franchit le mur des cons », et – point de vue rare en chanson – il s’attarde au désir de rencontres, à cette pulsion à laquelle il serait bon de céder, « se retrouver nus avec les autres, juste un soir/ Juste pour voir… ». Bien entendu on sait que le prix à payer pourrait être lourd « Au risque de voir s’écrouler / La petite maison dans la vallée ». Il rassure aussi quand soudain le silence se fait, quand « la ville s’efface sous la gomme de nos corps qui s’enlacent »… Moment suspendu, à l’abri, moment de grâce amoureuse : « L’air glisse dedans dehors »…

C’est dans la dernière chanson, Tous en boîte, que l’on mesure le prix de cet amour. Bouleversante et audacieuse chanson – ce refrain « Ce sera doux, si doux » – chanson sur l’ultime adieu où il évoque ainsi le départ de l’être aimé « Dans mes pleurs tu pourras nager / Dans une piscine grande comme un lac / Jouir de te désagréger / Déposer les pierres de ton sac ».

Enfin, on comprendra que nous ayons gardé pour la fin la chanson au milieu de l’album, chanson lumineuse, ô combien rédemptrice de tous les démons, intitulée Il danse. Chanson essentielle qui vaut à Julie Gasnier, créatrice des dessins du livret et de la couverture, cette silhouette, buste basculé en arrière, jambe et bras qui fendent l’air, corps dont s’échappent les couleurs vives, jaune, bleu, rouge, vert, au centre d’un cercle où gravitent les représentations stylisées des combats, des amours, des désirs d’une vie.

« Viens mon fils, viens ma joie

Suivons nos pistes, laissons fleurir nos pas

Dans la danse, la danse

Le ciel est là, et il nous voit »