Claire Danjou (© Domi Decker)

Claire Dan­jou (© Domi Decker)

8 mai 2015 – 15e fes­ti­val Ber­nard Dimey

Concert de Claire Danjou


Centre cultu­rel Robert Hen­ry – Nogent (Haute-Marne)

Pour sa troi­sième soi­rée, le fes­ti­val a fait le choix d’offrir la grande scène du centre cultu­rel à cette artiste du Nord, décou­verte aux ter­rasses des cafés, dans les rues de Bar­jac. Sa fraî­cheur, son charme indé­niable, sa voix claire et pré­cise, son vaste réper­toire de reprises n’avaient pas non plus échap­pé à la vigi­lance de NosEn­chan­teurs.

La voi­ci donc accom­pa­gnée par le pia­niste aux pieds nus, Zosime Étienne, dans un réper­toire inédit (du moins pour nous), des textes de Nico­las Daquin, sub­ti­le­ment mis en musique à plu­sieurs mains, semble-t-il. Chan­sons en vol, c’est le nom de ce réper­toire que l’on peut retrou­ver sur son album De l’huile sur le fauve.

Claire Dan­jou entre en scène par la salle, dans un géné­reux élan qui met en évi­dence une jolie sil­houette de petite brune aux che­veux courts, habillée ce soir d’une robe de den­telle bleue, ruban de satin sur les hanches, hauts talons, « toute en jambes »… Quelque chose dans les va-et-vient inces­sants de cour à jar­din et de jar­din à cour, est sans doute ins­pi­ré d’une autre dame brune dont cette jeune femme reprend par ailleurs les chan­sons… Mais la com­pa­rai­son s’arrête là car ce rap­pro­che­ment pour­rait la des­ser­vir, lui don­ner une image d’interprète désuète, vieillie. La posi­tion assise, à la gui­tare, qu’elle adopte aus­si, paraît mieux adap­tée, moins artificielle.

Les chan­sons, écrites donc par un homme, abordent avec audace par­fois, dans un voca­bu­laire qui se veut libé­ré de la bien­séance, quelques ques­tions propres à nous tou­cher. On ose par­ler du désir, de ces jeux inter­dits quand on naît femme « en tout bien tout hon­neur /​en tout mal sans hon­neur », des mots qu’on ne dit pas. On s’appesantit aus­si sur cette ques­tion qui fâche dans les couples : celle du ménage ! On aborde des thèmes aus­si variés que la trans­sexua­li­té, les familles « décom­po­sées », le temps qui passe au tra­vers du por­trait de la trot­teuse de la pen­dule, le han­di­cap, l’addiction aux jeux de grat­tage (chan­son qui aurait gagné beau­coup à être pla­cée ailleurs qu’en rap­pel)… Mais tout ce réper­toire (on en cherche le fil conduc­teur) où émergent aus­si des moments plus « poé­tiques », ne nous convainc pas vrai­ment et l’on passe car­ré­ment à côté de ce qui vou­drait être de l’ordre de la révolte, ou du cri.

Quand elle chante « J’irai au pays des chan­sons /​celles qui res­tent à trou­ver », on se dit en effet que cette quête serait néces­saire à son talent de chan­teuse d’aujourd’hui. Car lorsqu’elle reprend Ber­nard Dimey, Qua­rante ans, mais c’est le bout du monde ou même Nou­ga­ro, À bout de souffle (pas si facile pour­tant), elle fait mouche et pour­rait en effet prendre son envol.

Sou­hai­tons que ce concert serve de trem­plin à Claire Dan­jou, qu’il réponde au noble pro­jet de ce fes­ti­val d’offrir une expé­rience irrem­pla­çable aux jeunes artistes : celle de la scène, dans d’excellentes condi­tions tech­niques, face à un public res­pec­tueux et sensible.

Inauguration de la plaque commémorative du Square des Mobiles

DIMEY, L’ENFANCE N’EST PAS LOIN

Nogent, 7 mai 2015, inau­gu­ra­tion de la plaque com­mé­mo­ra­tive du Square des Mobiles

Peu à peu, au fil des ans, la ville de Nogent s’approprie davan­tage la car­rure du poète qui connut là son enfance. Après la res­tau­ra­tion du monu­ment, l’embellissement de la place, voi­ci en point d’orgue le moment de dévoi­ler la plaque qui évoque l’émouvant poème L’enfance.
À cet endroit pré­cis, près de l’église, au pied de la colonne éri­gée en 1875 en com­mé­mo­ra­tion d’un épi­sode dou­lou­reux de la guerre récente, mai­sons incen­diées, cen­taines de sans-abri, sol­dats sacri­fiés des deux camps, le petit Ber­nard joue et connaît ses émo­tions fon­da­trices. Grim­pé sur le mur, il laisse son regard errer sur la dou­ceur des col­lines envi­ron­nantes aus­si vertes qu’aujourd’hui.

« Au monu­ment des Morts qu’on appe­lait Mobiles /​Assas­si­nés pour rien sous Napo­léon III /​On déchif­frait des noms mais c’était dif­fi­cile /​Et, debout sur le mur, on domi­nait les bois. »

Moment hau­te­ment sym­bo­lique, émou­vant pour l’association Ber­nard Dimey qui œuvre, par son fes­ti­val, à la recon­nais­sance d’une œuvre poé­tique d’envergure.

Article initialement publié sur le site Nos Enchanteurs :
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