Comme Ça Nous Chante ! Festival #7– novembre 2021 (©Droits Réservés)

Comme ça nous chante ! Fes­ti­val #7 – novembre 2021 (© droits réservés)

18 & 19 novembre 2021 – Comme ça nous chante ! Fes­ti­val #7

au Café Plùm

Avec

Jeu­di 18 novembre 

18h30 – Col­lège en scène, res­ti­tu­tion de l’atelier d’écriture de la classe de 3e du Col­lège René Cas­sin de Viel­mur-sur-Agout ani­mé par Zédrine
20h00 – Zédrine solo

Ven­dre­di 19 novembre 

19h30 – Lily Luca
21h30 – Dimo­néJean-Chris­tophe Sir­ven au piano


Café Plùm – Lau­trec (Tarn)

C’est sur le trot­toir que tu prends de la hau­teur
Que tu hisses tes cou­leurs
C’est sûr

Dimo­né

On ne dira jamais assez com­bien la cha­leur de ces ren­dez-vous nous aura man­qué. Retrou­ver les sou­rires d’une équipe, le bar avec sa soupe chaude ou son petit café au comp­toir, sa bière locale bap­ti­sée La louve, déam­bu­ler par­mi les titres colo­rés de la librai­rie – on vous conseille le rayon BD – bavar­der de tout, de tous, avec Aline, incon­tour­nable pas­sion­née de chan­sons… Enfin être au café Plùm, pour quatre jours du fes­ti­val Comme ça nous chante ! dans cet éton­nant vil­lage per­ché qui flirte, à chaque coin de ruelle, avec les siècles pas­sés : Un véri­table cadeau de fin d’année !

Ins­tal­lons –nous donc pour une pre­mière journée.

Quoi de plus élo­quent que de don­ner la parole à la jeu­nesse – en l’occurrence une classe de 3e du col­lège proche – pour lan­cer les fes­ti­vi­tés poé­tiques et chan­son­nières ! Qu’ils sont rayon­nants ces ado­les­cents venus à tour de rôle, en groupes de 6 à 8, par­ta­ger ce que Zédrine a pu faire naître sous leur plume, avec par­fois l’accompagnement d’une musique assis­tée par ordi­na­teur à laquelle ils se sont aus­si ini­tiés… Bien sûr, on mesu­re­ra très vite les dis­pa­ri­tés d’inspiration, tan­tôt à cloche pied dans l’enfance, tan­tôt aspi­rés et ins­pi­rés par les grands thèmes du monde qui les guette. Allez, on vous offre des mots attra­pés au vol pour vous en faire ce mes­sage : « On ouvre son cœur… Une goutte de sen­ti­ment fait débor­der le vase… ça nous gué­rit d’une malade que l’on ne peut pas nom­mer… »

Oui, la poé­sie et la musique pour­raient bien nous guérir…

Au soir, Zédrine s’exerce à son nou­veau pro­jet qui le confronte seul à ses textes d’aujourd’hui, quelques-uns d’hier et de demain, avec ces irrup­tions de sons mixés dans son ordi­na­teur, acous­tiques et élec­tro­niques, pour que la poé­sie trouve, à chaque fois, sa juste cadence…

« Depuis quand est-elle morte la voix timide de l’enfant ? Depuis quand ? … » Le pre­mier texte ques­tionne d’emblée sur des choix intimes avant que ne reviennent les voix impé­né­trables de l’amour où s’échouent les rêves et les attentes, quand « notre songe tombe sur le sol » ou quand une sil­houette, des bottes, un jean ser­ré, jusqu’au par­fum, reviennent bous­cu­ler l’âme et le cœur… Mais Zédrine atteint assu­ré­ment sa cible quand il ouvre sa poé­sie à l’Autre, quand se dressent les bar­rières, les fron­tières, quand il inter­roge sur notre place dans l’univers – « Un frag­ment d’ange… Une poudre de rien ? » – et qu’un texte d’Alfred de Mus­set ou de Jacques Brel vient s’immiscer pour dire la solitude.

Au deuxième jour, quand le soleil autom­nal en a fini de répandre sa lumière sur les pierres du vil­lage véné­rable et sur les col­lines de Lomagne tout autour, nous sommes à nou­veau réunis pour que s’accomplisse le rituel de la scène habi­tée de mots et de musiques…

On s’active au bar, puis on fait silence quand vient Lily Luca qui soigne par­ti­cu­liè­re­ment son entrée en scène. Très vite elle s’en vient cher­cher le public, elle en fait son par­te­naire et son com­plice, et tant pis si par­fois elle abuse un peu de ces temps de parole… De chan­son en chan­son, elle le sur­prend, pour mieux glis­ser quelques mes­sages bien sen­tis, en jeune femme de la géné­ra­tion « Mee Too » même si, notons-le, elle n’a pas atten­du ce mou­ve­ment. Pro­fon­dé­ment libre, « cœur curieux cherche impré­vu », elle lève le voile sur sa vie et nous savons qu’il ne s’agit pas d’une pos­ture. Au mois de juin der­nier, avant de reprendre souffle pour le off du fes­ti­val d’Avignon sui­vi d’un deuxième « Vélo Tour » elle écri­vait : « C’é­tait abso­lu­ment génial, presque 500 km de concerts, de ren­contres, de retrou­vailles, de fro­mages locaux et de sym­pa­thiques sur­prises de mon GPS à base de che­mins caillou­teux en pente raide. Tigre et moi on a bien rigo­lé – Tigre c’est mon vélo. On avait fait le pacte de ne pas cre­ver et on n’a pas cre­vé. Amour sur lui… » Sachez enfin, si vous ne l’avez pas encore croi­sée sur son vélo, que lorsqu’elle fait dans la ten­dresse, elle pour­rait bien vous arra­cher quelques larmes… Bou­le­ver­sante quand elle chante par exemple cette ren­contre post mor­tem… « Ils disent que l’âme s’envole… que tu es monté.e au ciel, affublé.e d’une paire d’ailes… T’es où ? » Ce soir, elle a levé le voile sur deux nou­velles chan­sons. Allons-nous voir sur­gir une autre Lily qui aurait jeté par-des­sus bord ce qui l’encombrait ? Ce qui est sûr, c’est qu’elle nous a lais­sé en tête une mélo­die, un refrain « Je pré­fère dor­mir toute seule en étoile dans mon single… » avant qu’elle ne chante le contraire… Allez savoir… Insai­sis­sable Lily !

« Quand tout s’arrête nous sommes son­nés, aba­sour­dis, comme « sus­pen­dus au vent ». Voi­là ce que nous écri­vions dans ce même lieu en décembre 2015… Six années donc avant que ne revienne le duo Dimo­né & Jean-Chris­tophe Sir­ven. Mais cette fois, Dimo­né a lâché sa gui­tare élec­trique rouge, son rem­part, son bou­clier… Le voi­ci seul dans un tout pre­mier titre « Je suis un autre… j’aime bien être un autre… » avant que son com­plice, « [son] frère un peu » dira-t-il, ne le rejoigne et ne s’installe au pia­no mis à nu pour mieux en arra­cher les sons.

La céré­mo­nie peut véri­ta­ble­ment commencer.

Car il s’agit bien de l’accomplissement d’un rite. Il y a quelque chose de déme­su­ré dans ce que nous enten­dons et voyons… Dimo­né paraît habi­té de sons, ceux des mots, qui habitent lit­té­ra­le­ment son corps avant qu’il ne les exhale sans en perdre une syl­labe, ceux du pia­no aus­si dont il sou­ligne, de la main, du pied les temps forts… Il y a quelque chose du théâtre de la cruau­té d’Anto­nin Artaud dans ce concert… C’est sau­vage, déli­vré des contraintes.

Soif d’absolu, sans concession.

Et nous aimons cette scène où s’exprime quelque chose d’extrême, de pous­sé à bout. Ce soir, le public ne paraît pas avoir tou­jours sui­vi les deux artistes mais à plu­sieurs reprises il a mani­fes­té son admi­ra­tion, comme à la fin de ce texte où le pia­no rejoint cres­cen­do un texte des­si­nant clai­re­ment une recherche d’idéal, d’équilibre « Redonne un peu de mou… Là, c’est nickel… » avant que tout ne se casse la gueule à nou­veau. Et c’est alors que s’élèvent les sons du thé­ré­mine, au bord de la rup­ture. Sans cesse les textes de Dimo­né inter­pellent, ques­tionnent… L’Autre, le frère, l’amant, l’amante… L’âme est per­due, trouve par­fois sa voie, sa trace… « Je retrouve le Nord… Le Nord je l’ai bien cher­ché… » Dimo­né traque les mots, il les tri­ture, malaxe leurs syl­labes, jouent des consonnes qu’ils déplacent… C’est foi­son­nant, luxuriant.

Il faut avoir lâché du lest dans sa tête et son cœur pour le suivre dans cette déam­bu­la­tion ver­bale, avant tout un hymne au vivant.